29/03/2005

"le maître ignorant "

Voici déjà quelques extraits du dernier livre que je lis.
 
" Entendons-le bien, et , pour cela, chassons les images connues. L'abrutisseur n'est pas le vieux maître obtus qui bourre le crâne de ses élèves de connaissances indigestes, ni l'être maléfique pratiquant la double vérité pour assurer son pouvoir et l'ordre social. Au contraire, il est d'autant plus efficace qu'il est savant, éclairé et de bonne foi. Plus il est savant, plus évidente lui apparaît la distance de son savoir à l'ignorance des ignorants.  Plus il est éclairé, plus lui semble évidente la différence qu'il y a entre tâtonner à l'aveuglette et chercher avec méthode, plus il s'attachera à subsituer l'esprit à la lettre, la clarté des explications à l'autorité du livre.  Avant tout, dira-t-il, il faut que l'élève comprenne, et pour cela, qu'on lui explique toujours mieux.  Tel est le souci  du pédaguogue éclairé : le petit comprend-t-il ? Il ne comprend pas. je trouverai des manières nouvelles de lui expliquer, plus rigoureuses dans leur principe, plus attrayantes dans leur forme ; et je vérifierai qu'il a compris.
Noble soucis. malheureusement, c'est justement ce petit mot, ce mot d'ordre des éclairés - comprendre - qui fait tout le mal. C'est lui qui arrête le mouvement de la raison, détruit sa confiance en elle-même, la met hors de sa voie propre en brisant en deux le monde de l'intelligence, en instaurant la coupure de l'animal tâtonnant au petit monsieur instruit, du sens commun de la science. Dès lors qu'est prononcé ce mot d'ordre de la dualité, tout perfectionnement dans la manière de faire comprendre, cette grande préocupation des méthodistes et des progressistes, est un progrès dans l'abrutissement. L'enfant qui ânonne sous la menace des coups obéit à la férule, et voilà tout : il utilisera son intelligence à autre chose "
 
Cet extrait me fait énormément réfléchir !
Je me rends en effet compte, en pensant à mon attitude avec Orian, que je lui explique parfois trop, je vérifie s' il a compris.  Peut-être que parfois, je devrais le laisser devant la nécéssité de comprendre par lui-même , à partir du moment où il a devant lui, dans son livre, une explication, il a en effet l'intelligence de pouvoir comprendre par lui-même.
 
Autres extraits :
"Comprendre n'est jamais que traduire, c'est-à-dire donner l'équivalent d'un texte mais non point sa raison "
 
" Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l'aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu'il ne fallait pas renverser l'ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n'était pas le vrai mouvement de l'intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? "
Bonne question ! Moi qui m'inquiétais qu'Orian allait toujours "à la devinette " j'ai bien tort il semblerait....... 
 
" L'enfant qui répète les mots entendus et l'étudiant flamand "perdu" dans son Télémaque ne vont pas au hasard. Tout leur effort, toute leur exploration est tendue vers ceci : une parole d'homme leur a été adressée qu'ils veulent reconnaître et à laquelle ils veulent répondre, non en élèves ou en savants, mais en hommes ; comme on répond à quelqu'un qui vous parle et non à quelqu'un qui vous examine : sous le signe de l'égalité "
 
" Cette méthode de l'égalité était d'abord une méthode de la volonté.  On pouvait apprendre seul et sans maître explicateur quand on le voulait, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation. "
 
" Il y a a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L'homme - et l'enfant en particulier - peut avoir besoin d'un maître quand sa volonté n'est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. mais cette sujétion est purement de volonté à volonté. Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l'acte d'enseigner et d'apprendre il y a deux volontés et deux intelligences.  On appellera abrutissement leur coïncidence.  Dans la situation expérimentale crée par Jacotot, l'élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes.  On appellera émancipation la différence connue et maintenue des deux rapports, l'acte d'une intelligence qui n'obéit qu'à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté. "
 
"Or Jacotot n'avait rien transmis. Il n'avait fait usage d'aucune méthode. La méthode était purement celle de l'élève "
 
" L'expérience pourtant dépassa son attente.  Il demanda aux étudiants ainsi préparés d'écrire en franças ce qu'ils pensaient de tout ce qu'ils avaient lu (les étudiants étaient tous de langue flamande n'ayant jamais parler le français ) Il s'attendait à d'affreux barbarismes, à une impuisance absolue peut-être. Comment en effet tous ces jeunes gens privés d'explications auraient-ils pu comprendre et résoudre les difficultés d'une langue nouvelle pour eux ?  N'importe ! Il fallait voir où les avait conduits cette route ouverte au hasard, quels étaient les résultats de cet empirisme désespéré.  Combien ne fut-il pas surpris de découvrir que ces élèves, livrés à eux-mêmes s'étaient tirés de ce pas difficile aussi bien que ne l'auraient fait beaucoup de Français . Ne fallait-il donc plus que vouloir pour pouvoir ? tous les hommes étaient-ils donc virtuellement capables de comprendre ce que d'autres avaient fait et compris ? "
(Les étudiants avaient été interrogés sur Télémarque, lu en français, juste avec une traduction flamande en vis-à vis. )
 extraits du livre " le maître ignorant " de Jacques Roncière dans l'édition 10/18
 
 

20:52 Écrit par CatherineLS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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