07/01/2005

Choisir, c'est aussi renoncer

Céleste a donc passé quatre années dans une très bonne école où elle s'entendait à merveille avec les professeurs et les élèves.
 
Alors , me disent certains, pourquoi faire l'école à la maison ?
 
Parce que je voudrais que mes enfants apprennent d'eux-mêmes à étudier ce qu'ils veulent, et non qu'on les poussent sans cesse , ou qu' on les tire sans cesse , et qu'on les oblige sans cesse à des programmes ou à des horraires, ou à des techniques précises d'apprentissage.


Ce que je reproche, à l'école de ma fille, c'est de créer du stress artificiel et inutile qui, à la longue détruit la santé (pouvant devenir des maladies chroniques. Ceci est médical )  et surtout, annihile les capacités d'un enfant.
Du coup, l'enfant se croit imbécile et idiot car, même en travaillant jusqu'à l'épuisement moral et intellectuel, il n'obtient que de médiocres résultats. Cela parce que toutes les facultés intellectuelles sont empoisonnées, paralisées et rendues inefficaces, par les effets du stress trop grand et trop souvent stimulé.
 
Mon fils Orian n'a aucun problème à quitter l'école. Depuis le temps qu'il me le réclame ! Pas pour fuire l'apprentissage mais parce que justement, il n'apprenait rien à l'école. (enfin, presque rien...)
Je ne sais si je l'ai déjà dit mais depuis qu'il sait que l'école aura lieu, d'ici lundi, à la maison, il a repris ses nombreuses questions  à tout bout de champs. Ce qu'il faisait avant d'entrer en gardienne et que, depuis, il n'avait plus jamais repris.
 
Question du genre  : "pourquoi, quand on roule, on a l'impression que le Soleil roule en même temps que nous ? Est-ce que par hasard, pour le camion qui se trouve là devant nous (une 60-taine de mètres ) il  voit la même chose ?"
Hé bien je ne sais que répondre sauf "ce doit être mathématique ou géométrique, si tu veux bien, on va noter cela sur notre petit carnet "questions" et on va faire des recherches pour comprendre cela " (Si quelqu'un peut me donner une piste .... ! )
Ou bien " maman , pourquoi aux soldes, il ne vendent pas à - 90 % leurs affaires ? Ils auraient plus de monde qui voudraient acheter alors "
Une fois de plus, je suis obligée de faire appel aux fractions et aux mathématiques  pour lui répondre. Deuxième question inscrite dans le carnet aux questions.

Voilà ce que j'obtiens en retirant mon fils de l'école : un intérêt  pour tout, un désir de comprendre. Avec lui,  pas de problème, j'aurai matière à enseigner ! C'est sûr !
 
Par contre ma fille se retrouve dans une expérience qui lui démontre que choisir, c'est aussi renoncer.
Je suis amie avec le fondateur et co-directeur, de son école. Je lui ai fait part de mes désirs et des pourquoi. Nous avons des idées radicalement opposées sur la manière d'enseigner aux enfants et , sur d'autres points, des idées en parfaites connivences. Nous échangeons depuis plusieus jours un fameux courrier et Céleste y participe pour l'instant de façon plus ou moins passive, me donnant juste quelques remarques par çi par là, au fur et à mesure et parfois, d'une façon innatendue, lorsqu'elle est plongée dans une réflexion et que je suis occupée à autre chose.
 
Cet ami nous répondait hier, une lettre sincère et juste, qui prend au coeur, puisque chacun de nous deux avouons nos peurs, à quoi elles sont liées et cela donne une relation bellement franche !
Céleste était émue,  les larmes aux yeux, prise entre la tristesse en comprenant qu'elle verra moins souvent ses professeurs et ses amis et entre le désir de vivre cette expérience de faire l'école à la maison.
 
Céleste est réellement confrontée a un choix qui la concerne elle, pour la première fois de sa vie.
 
 Un choix  que je ne veux pas prendre pour elle.
Mais il faut bien lui offrir de quoi choisir, sinon, "choix " il n'y a pas !
Car, ici , je parle donc de mes expériences, de ce que je dis à l'un et à l'autre mais réellement, je ne veux pas obliger ma fille à mon choix, je le lui offre,  avec mes "pour" et mes "contres", comme le fait le directeur de son école, elle les écoute,  les suit ou ne les suit pas.
 
C'est exactement cela que je veux apprendre à mes enfants ! Savoir choisir par eux-même ce qui leur convient ! Et il est menteur de croire qu'un enfant ne sait pas ce qui lui convient en profondeur !

Ce qui est très frappant, c'est ce qu'elle me disait hier :
 "Maman, tu m'aurais offert ce choix au même âge qu'Orian, je n'aurais pas hésité un instant, je sais que c'est cela que j'aurais choisi, sans état d'âme. Mais maintenant, tu me demandes de choisir et c'est difficile ! je ne sais pas très bien ce que je dois faire "
Pour moi, cette hésitation est le fruit justement de 13 années d'écoles déjà (en comptant les gardiennes, les primaires et les quatre années de secondaire ) et que mon fils ne connait pas encore. Il n'a que 8 années d'école (les dégats étaient en train de se faire sentir aussi )
Dans les écoles, on n'apprend pas aux enfants à faire "leur" choix ! On n'apprend pas aux enfants à faire confiance à ce qui EST en eux depuis le premier jour de leur naissance : il naissent avec déjà ce qu'ils ont envie de faire, des dons spécifiques, des désirs précis d'existence. Et nous, les adultes, on fausse tout cela pour créer en fin de compte d'autres adultes qui ne savent plus ce qu'ils veulent sauf si un "chef" - et si ils sont indépendants,  un " ETAT "  - ou un "dieu" leur dit ce qu'ils doivent faire,comment gagner leur vie et comment devenir malade et se soigner etc.. etc...etc.....
Et c'est dramatique à mes yeux !
 
Céleste continuait à m'expliquer "Tu sais, tout le monde me demande si c'est ce que je veux moi, ou est-ce que je le fais parce que c'est ma maman qui le veut.  Je ne sais pas, moi ! C'est clair que tous les enfants font ce que les parents veulent ! Comme aller à l'école, ce sont les parents qui veulent ça ! Alors, où est la différence : obéir aux parents qui veulent qu'on aille à l'école ou obéir aux parents qui proposent de ne plus y aller ? Il est clair qu'aucun enfant ne pourra jamais  dire à ces parents "non, je refuse d'aller à l'école, je ne veux pas" il ne sera pas écouté, il est coincé et obligé d'y aller.  Comment peut-il refuser d'aller à l'école ? On va de toute façon l'y conduire de force. Je ne comprends pas ces questions qu'on me fait alors qu'on ne les pose pas aux autres enfants, on ne leur demande pas si ils ont envie d'aller à l'école, si c'est leur choix. C'est pas moi en effet qui est demandé de ne plus aller à l'école, c'est ton idée. Mais j'ai pas demandé non plus d'aller à l'école "
Je lui ai répondu :
- non, pas tout à fait. Plus d'une fois tu m'as dit, en d'autres mots, que l'école, ce n'est pas "ça". Mais tu l'a dis en des mots d'enfant. Combien de fois ne t'ai-je pas entendu donner ton avis, avec Céline par exemple, sur l'imbécilité du système, combien de fois ne t'ai-je pas entendu dire.  mais à quoi ça sert tout ça ? Je trouve que les animaux sont bien plus malins, ils ne s'obligent pas à toute sorte d'imbécilité de ce genre ! " combien de fois ne t'ai je pas entendu dire que tu voudrais tant qu'on vive comme dans le film  "la Belle Verte". Ce sont des façons de dire tes rêves et tes désirs, ta façon de dire que l'école ne convient pas aux enfants telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Et souviens-toi, toi -même,  en novembre,  tu disais aimer étudier comme cela, calmement à la maison, avec le temps d'approfondir ce qui te tient à coeur, ou ce que tu sembles ne pas bien maîtriser. Tout cela a aussi mijoter en moi. "
Je voyais dans le regard de Céleste une lueure de soulagement qui apparraissait.
- Maintenant, repris-je, je fais moi aussi le grand saut et je me dis "c'est possible, il y a moyen de faire l'école à la maison" Cela permet de garder le meilleurs de tout : c'est à dire, le meilleurs de la discipline, car ne crois pas qu'il n'y en aura pas, mais elle sera régulière et pas " à coup " d'examen et de devoir et de leçon.  Moi aussi, j'ai peur Céleste,  mais cela fait longtemps que j'essaye de voir d'où viennent mes peurs : de mon mental ou de mon intuition ? C'est ce que j'aimerais que tu apprennes aussi : à répérer au fond de toi ce qui TE convient et non ce qui fait plaisir à ta mère ou à ton directeur.
-Maman, c'est difficile !
-Hé oui, chérie, parce que j'ai oublié de t'apprendre tout cela, déléguant cela aux écoles. Et les écoles font tout le contraire ! Mais tu verras, déjà maintenant, c'est l'occasion d'apprendre. Tu dois d'abord repérer d'où vient ta peur. Une peur du mental fait mal au corps. Moi, elle se situe au plexus solaire, je le sens crispé et tout dur. Par contre une peur qui vient de l'intuition, elle ne fait pas peur justement, je la ressens avec paix comme une simple mise en garde, comme si quelqu'Un me dit simplement "attention". C'est vraiment cela : une mise en garde qui ne fait pas peur, c'est  la Vraie proctection
.
- Mais tu vois, Maman, si je ne fais pas cette expérience de l'école à la maison ,je le regretterai toute ma vie.
Petit à petit, ma fille se met à exprimer ce qui l'aide à savoir ce qu'elle veut. Ce sont les premiers pas de l'apprentissage qui se font là sous mes yeux.
- par contre, rajoute-t-elle, j'ai déjà fait l'expérience de Schola,  je sais comment c'est, comment gérer cette expérience. Je ne vais rien apprendre de plus en fin de compte.  Je serai triste de ne plus voir tous les jours mes amis et mes professeurs et je crois bien qu'il y en a certains que je ne verrai jmais en dehors du cadre de l'école, par exemple François et Zoé.
- Ce n'est pas dit, cela ne tient qu'à nous de proposer un cinéma ensemble, ou une ebone promenade ou que sais-je, un théâtre. Et puis, Céleste, aucun choix ne se fait sans une perte et un deuil quelque part, cela tu dois l'accepter aussi.
- En tout cas, je vais perdre quelque chose.
- Oui, c'est à toi de voir ce que tu perds et si cela en vaut la peine par rapport à ce que tu vas gagner. Tu as le temps. Prends le temps et un moment donné, tu sentiras cela comme une certitude, ce que tu dois choisir.
- Maman, dans l'ensemble, je comprends très bien ce que tu veux dire et je suis d'accord avec toi.





13:18 Écrit par CatherineLS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.